Voitures-radars privées : le "hold-up"

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Annoncée en 2017 par Macron, avec mise en place sous réserve de rentabilité, la privatisation des radars ne cesse de se déployer massivement à travers la France. Après des essais, à priori concluants, La République en marche a décidé de multiplier par six le nombre de voitures radars privées pour 2021. Parti politique attrape-tout, LaREM poursuit sans relâche sa traque acharnée des usagers de la route. Un seul objectif dans le viseur : encore et toujours plus de verbalisations ! Les effets sur la sécurité routière restent paradoxalement très faibles voir contre-productifs. 

Voitures-radars privées : le "hold-up"

"Les voitures-radar conduites par un prestataire privé vont rouler moins vite pour piéger les usagers de la route et augmenter le nombre de flashs d'ailleurs, si elles roulent à la vitesse maximale autorisée, elles ne sont pas capables techniquement de flasher les véhicules qui les dépassent." Ces propos visibles dans la rubrique Info / Intox du site securite-routiere.gouv.fr, sont évidemment présentés comme une intox par la sécurité routière, pourtant des témoignages d'automobilistes ayant déjà eu affaire à ces voitures-radars "mobile-mobile" tendent à prouver le contraire.

Sécurité routière nouveau logo vivre ensemble

En 2020, la sécurité routière a revu son identité visuelle pour tenter d'être plus efficace dans sa communication, à défaut de l'être dans la signalisation routière, l'entretien du réseau routier et la baisse de l'accidentalité.

Dans sa tentative de "fact-checking", le service communication de la sécurité routière, indique que "les voitures-radar fonctionnent parfaitement en roulant à la vitesse maximale autorisée". A priori personne ne doute de la capacité de ces dispositifs à pouvoir verbaliser en roulant autour de la vitesse limitée et on imagine par ailleurs qu'il serait dommage pour les commanditaires de se priver d'une occasion de verbaliser. Aussi, les services de la sécurité routière expliquent que "les conducteurs de ces voitures ont l'obligation contractuelle de circuler à une vitesse adaptée dans le flot normal de circulation. L'employeur du chauffeur, titulaire du marché, s'expose à une lourde pénalité contractuelle (1000 euros par jour et par voiture), si une voiture-radar circule à une vitesse anormalement basse, notamment dans le but d'inciter les autres véhicules à le dépasser en commettant un excès de vitesse"Surprenant de constater la présence d'une clause aussi approximative avec des termes aussi peu précis comme "vitesse anormalement basse" dans le contrat passé entre l'Etat et le prestataire privé. Aucune limite n'est fixée ! 

Une différence de vitesse vivement conseillée de 20 à 30 km/h pour un dépassement en toute sécurité

Même si le code de la route ne donne pas la possibilité d'être en excès de vitesse au moment de doubler, la différence de vitesse conseillée par les auto-écoles lors d'un dépassement est de 20 à 30 km/h, tout en veillant à conserver la puissance nécessaire pour un dépassement bref. Sur une route limitée à 80 km/h, si les conducteurs s'en tenaient stricto sensu au code de la route, il serait tout simplement interdit de dépasser, dès l'instant où le véhicule à doubler circule à plus de 50-60 km/h. 

Sur une route départementale limitée à 80 km/h, la voiture-radar peut circuler à 75 km/h compteur (environ 72 km/h réel), sans forcément considérer cette vitesse comme "anormalement basse". Un conducteur qui souhaite entreprendre un dépassement de la voiture-radar en toute sécurité, devra brièvement rouler autour des 95-105 km/h compteur (92-102 km/h réel). Même si la marge de tolérance est de 10 km/h avec ces dispositifs (pour une vitesse inférieure à 100 km/h), beaucoup seront et sont déjà verbalisés à cause de dépassement où la vitesse retenue est de 91-92 km/h. Suivre un véhicule circulant à 71-72 km/h sur des routes anciennement limitées à 90 km/h, incite incontestablement à entreprendre un dépassement, particulièrement si les conditions de sécurité sont largement réunies. 

Par ailleurs, si la voiture-radar circule à une vitesse réellement "anormalement basse", ce qui représente, selon une définition honnête, à minima une vingtaine de kilomètre-heure sous la vitesse maximale autorisée, l'usager de la route n'aura en aucun cas besoin d'aller au-delà de la limitation de vitesse pour dépasser en toute sécurité (Limitation de vitesse = 80 km/h, vitesse voiture-radar "anormalement basse" = 60 km/h, vitesse minimum pour dépasser = 80 à 90 km/h = pas d'infraction).

L'argument de la lourde pénalité contractuelle en cas de vitesse anormalement basse, n'a donc aucun sens, aucune crédibilité et n'a dans ces termes, aucune raison d'exister. La condition de la sanction n'étant pas clairement définie, l'employé zélé ou pas suffisamment attentif aura l'entière possibilité de rouler sous les limitations de vitesse, sans pour autant être inquiété par sa hiérarchie. Le seul but de cette clause semble être son instrumentalisation à des fins de communication : circulez y'a rien à voir !

Déjà des flagrants délits de voitures-radars en circulation sous la vitesse maximale autorisée pour piéger les usagers 

Des usagers de la route dépités n'hésitent pas à laisser des avis Google sur l'entreprise Mobiom, entreprise vainqueur de la quasi-totalité des appels d'offres "voiture-radar" qui recrute actuellement à tours de bras sur leboncoin.fr

Dites, Mobiom, vos chauffeurs, ils ont du mal à respecter la limitation de vitesse je pense, dans Caen, en revenant de Douvres-La-Delivrande vers le CHU, une de vos jolie petite Passat immatriculée dans le 49, qui roule à 65 km/h vitesse GPS, pour ensuite tout freiner, pour arriver à 40 km/h pour qu'on le double et se fasse flasher, j'aurais eu plus de temps devant moi, j'allais lui expliquer à votre chauffeur que la limitation c'est 50 km/h

Valentin - Usager de la route

D'autres témoignages ont récemment été publiés, notamment sur la page Facebook de la Ligue de Défense des Conducteurs où ont peut lire le témoignage d'un automobiliste indigné :

Je roulais au régulateur à environ 82-83 km/h sur une route limitée à 80 km/h. Je commence à rejoindre une voiture qui roulait plus doucement que moi. Grande ligne droite avec une bonne visibilité, j'accélère pour la dépasser, tant que la route est libre et limiter mon temps sur la file opposée. Ensuite je me rabats et laisse la voiture ralentir pour que le régulateur se remette en fonctionnement à ma vitesse d'origine. Sauf que le véhicule que je venais de doubler était une voiture radar. Si elle n'avait pas été sur la route, je serais resté à ma vitesse d'origine et n'aurais pas commis d'infraction. Je me suis retrouvé en excès de 8 km/h…

Voitures-radars privées : le "hold-up"

Ce procédé crée des dangers sur la route, avec des voitures qui freinent le flux de circulation et que beaucoup d'automobilistes vont doubler, par ailleurs, il est déloyal, car on accélère pour doubler

Des verbalisations par erreur seront-elles à déplorer avec les prestataires privées ?

De nombreux témoignages avaient déjà été recensés dans les médias concernant des verbalisations abusives avec des voitures-radar "mobile-mobile", conduites jusqu'alors par des fonctionnaires de police ou gendarmerie. Un ancien gendarme c'était notamment insurgé après avoir été verbalisé à tort et appelait les automobilistes à vérifier tous leur PV tout en se demandant ce que ça allait être avec les sociétés privées !

 

Les conducteurs de voitures-radars privées n'auront pas à étalonner les appareils. Un système de reconnaissance des panneaux de limitation de vitesse permettra de calibrer le radar automatiquement. Même si la technologie évolue, elle n'est pas sans faille. Des problèmes ont régulièrement été décrits ces dernières années dans la presse automobile :

  • Reconnaissance du dernier panneau visible par la caméra : panneau de limitation d'une bretelle de sortie
  • Panneau caché par d'autres usagers
  • Panneau masqué par la végétation
  • Présence d'un panneau de limitation de vitesse temporaire et inadaptée : chantier ou panneau non retiré après un chantier
  • Intempéries

Au delà du piège de la vitesse de circulation sous les limitations, la technologie des voitures-radar ne sera pas infaillible. Nul doute que des verbalisations par erreur auront lieu. Maintenant reste à savoir si les citoyens auront plus d'erreurs à déplorer avec les prestataires privées. 

Le ministère de l'intérieur communique sur une "expérimentation réussie en région Normandie" : 

Lancée à Évreux le 20 avril 2018 par Emmanuel Barbe, délégué interministériel à la sécurité routière, l'expérimentation mise en place en Normandie a permis la résolution des difficultés techniques inhérentes à toute innovation technologique par un déploiement progressif des voitures-radar dans les cinq départements de la région. Il s'agissait notamment de vérifier le bon fonctionnement du système de lecture automatique des panneaux de limitation de vitesse et de la cartographie du réseau, pour s'assurer que toute personne verbalisée a bien eu connaissance d'une limitation de vitesse décidée par le gestionnaire de voirie (par exemple une limitation à 70 sur une route à 80). Ces problèmes sont résolus et le système actuel permet de garantir que personne ne sera verbalisé à tort.

Les usagers de la route peuvent-ils faire confiance à Emmanuel Barbe, responsable de l'expérimentation des voitures-radars externalisées ?

L'ancien délégué interministériel à la sécurité routière, était devenu préfet de police de Marseille en février 2020 puis rapidement limogé le 25 novembre dernier. Le haut fonctionnaire avait déclenché deux polémiques totalement surréalistes en quelques mois.

La plus récente concerne des propos tenus mi-novembre lors d’une interview. « J’étais hier sur des points où l’on vend de la drogue, et personne parmi les acheteurs, et à plus forte raison parmi les vendeurs, n’avait d’attestation », avait-il déclaré sur BFMTV.

Emmanuel Barbe préfet Marseille BFMTV

Emmanuel Barbe, préfet de police des Bouches-du-Rhône s'illustre sur BFMTV le 14 novembre 2020, il sera limogé une semaine après. 

La seconde étant liée à un arrêté pris fin août (et rapidement abrogé) visant à interdire le port de maillots du PSG dans la ville de Marseille au soir de la finale de la Ligue des champions opposant le club parisien au Bayern Munich.

Nommé DISR en 2015 et se déclare favorable à une limitation de vitesse à 80 km/h sur le réseau secondaire. 

Avant de s'illustrer sur BFMTV en normalisant à demi-mot les trafics de drogue à Marseille, ce magistrat de profession a été décoré de la Légion d'honneur en 2015 puis de l'ordre national du Mérite en 2019. 

En 2017, Emmanuel Barbe parvient à réaliser 1,013 milliards de recettes grâce aux radars automatiques. Un record historique !

En 2018, il déclare, toujours sur BFMTV : "Quand les routes sont en mauvaise état, les gens roulent doucement". Les motards et cyclistes gravement blessés à cause d'une chute provoquée par un nid de poule ont apprécié cette déclaration à sa juste valeur. A noter que 90 % des recettes des radars sont censés servir à l'amélioration du réseau routier.

En 2020, avant de quitter son poste de délégué interministériel à la sécurité routière, il présente un rapport final d'évaluation du 80 km/h présenté comme biaisé par La Ligue de Défense des conducteurs.

Quel coût pour les contribuables ?

Selon le Projet de Loi de Finances 2021, c'est une armada de 450 véhicules radars, dont 223 gérées par le privé, qui sera dédiée au contrôle sanction automatisé l'année prochaine avec un objectif non dissimulé : toujours plus de contraventions ! Au vu de l'investissement massif de l'Etat : marché public à 27 millions / annuels pour 223 véhicules privatisés, sans compter les 23 millions investis dans le parc de véhicule pour les acheter et les équiper, la rentabilité sera évidemment au cœur des préoccupations, comme annoncé par Macron lors de sa campagne présidentielle.

Quel impact réel des voitures-radar privées sur la sécurité routière  ?

En terme de sécurité routière, pas certain que ces dispositifs pièges freineront les chauffards, dans la mesure où ces véhicules circuleront très probablement sur des axes à fort trafic où les grandes vitesses sont quasi-systématiquement impossibles. Pire, cette stratégie pourrait même être contre-productive et se transformer en véritable pousse-au-crime en incitant certains à lâcher la bride de nuit entre deux véhicules croisés. 

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