Radars, seize ans de racket

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Automne 2003, deux ministres dont un certain Nicolas Sarkozy, inauguraient en bordure de Nationale 20 dans l’Essonne, le lancement du premier radar automatique en France.

 

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C’est devant une multitude de journalistes, photographes et caméramans, que Nicolas Sarkozy, en ce temps ministre de l’intérieur, Gille de Robien, ministre des transports et Rémy Heitz, délégué interministériel à la sécurité routière, s’étaient retrouvé en compagnie de leurs amis, préfets et autres directeurs de services techniques de l’Etat, pour une célébration pour le moins cynique, organisée en l’honneur d’un dispositif destiné à devenir une véritable machine à racketter les usagés de la route.

« Ce n’est pas un piège car la carte d’implantation des radars est dévoilée, il s’agit bien d’un dispositif de sécurité routière  » expliquait Nicolas Sarkozy. Le piège ne se situait pas au niveau du radar pour les habitués de la voie mais résidait déjà dans le principe de consignation, dans la mesure où il fallait déjà régler le montant de l’amende forfaitaire avant de pouvoir contester. Après les propos de Nicolas Sarkozy visant à écarter toute volonté de piéger les  usagés de la route, de par la transparence de la carte d’implantation des radars automatiques, on peut aujourd’hui considérer et à juste titre que les radars mobiles embarqués nouvelle génération de type GATSO MILLIA ont été pensés pour traquer et piéger les automobilistes.

 

L’Etat français a bien compris qu’il faut aller chercher l’argent où il est : chez les pauvres

 

Alphons Allais disait « l’Etat français a bien compris qu’il faut prendre l’argent où il est : chez les pauvres. Ils n’en ont pas beaucoup, mais il y a beaucoup de pauvres ». Et l’une des méthodes trouvées par Sarkozy, c’est d’utiliser les radars routiers …

Déjà sous les années Sarkozy, ce qui motivait la multiplication des radars est la collusion surréaliste entre certaines grosses sociétés et le pouvoir. En analysant intégralement le marché opaque et juteux des radars, depuis leur mise en place jusqu’au au SAV et en passant par les contraventions, les motivations apparaissent très claires : la course à l’armement et au profit en dépouillant la population française.

Ce racket de grande envergure cherche évidemment à faire passer les boîtes métalliques et radar embarqués nouvelle génération pour de la lutte efficace contre la sécurité routière. Les résultats sont en réalité bien plus partagés que ce que les médias de masse, trop fiers de flatter servilement le maître qui le nourrit, peuvent laisser penser à grand coup de chiffres mensongers. Dans le même temps, il n’y a pas une semaine sans que ces mêmes médias évoquent la grogne des automobilistes.

 

Un parcours de contestation long et difficile

 

Philippe Vénère, ancien commissaire divisionnaire, officier du ministère public du tribunal de police de Paris de 1992 à 1996 a dénoncé dans un livre paru en 2013 « le grand racket des automobilistes ». Il était le numéro 1 des services de contraventions et a dénoncé les dérives de la répression actuelle, les violations de nos droits et la course effrénée à la rentabilité via une dictature des résultats. Dans son ouvrage, qui vise à donner aux conducteurs, considérés par l’auteur comme « les premiers contribuables de France », il donne les clés pour lutter contre ce qu’il qualifie de « racket fiscal » soigneusement orchestré par des technocrates. Philippe Vénère explique clairement « qu’on essaye de rendre de plus en plus difficile le parcours de contestation » en mettant en cause « des juridictions de proximité très approximatives » et « l’impossibilité pratique des possibilités de contester ou de voir aboutir sa requête en exonération ».

 

Révolte des Gilets jaunes, l’exaspération

 

Le mouvement de contestation qui, avec le gilet de haute visibilité, a trouvé son signe de ralliement, a aussi trouvé son exutoire : le radar, qui a été pris pour cible au nom d’une répression aveugle, de la « pompe à fric », du racket orchestré par un Etat jugé mafieux. Après quelques mois de révolte, l’armada de radars est anéantie. Du jamais vu, dans toute l’histoire de ce dispositif de sanction automatisée mis en place à l’automne 2003.

 

radar gilets jaunes

 

Plus de la moitié des appareils implantés sur le territoire ont été mis hors d’usage lors de la révolte des Gilets jaunes, ce qui n’a pas été sans effet sur les recettes fiscales de l’Etat. Dans le même temps, selon les estimations provisoires de l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), la mortalité sur les routes a atteint son plus bas niveau en 2019. Ce constat tend à prouver l’inefficacité des radars automatiques en termes de lutte contre l’insécurité routière avec des dispositifs principalement implantés sur des axes peu accidentogénes.

 

castaner sécurité routière 80 km/h

 

Le gouvernement LREM, avec Edouard Philippe et Christophe Castaner, fait son auto-satisfaction en mettant en avant l’instauration de la limitation de vitesse à 80 km/h sur le réseau secondaire comme cause de cette « bonne performance ». Par ailleurs des études ont prouvé que cette mesure avait qu’un impact très limité sur la mortalité routière. En revanche le nombre de flashs a été multiplié par cinq dès l’entrée en vigueur de cette nouvelle limitation de vitesse à la mi-2018. Ce qui a représenté 400 millions supplémentaires pour l’Etat. Le 17 novembre 2018, le mouvement des Gilets jaunes commençait, on connaît la suite. Enfin n’oublions pas qu’Emmanuel Macron, dès son arrivée au pouvoir, a été l’instigateur de l’installation de plus de 400 radars nouvelle génération plus puissant et soit disant plus solides... Ces nouveaux radars « tourelles » seront à terme capables de mesurer la vitesse, mais aussi de repérer les conducteurs sans ceinture de sécurité ou utilisant leur téléphone en conduisant. Une belle prouesse technologique qu’on n’imagine pas si fiable avec un risque de flash « par erreur » important. Prouver sa non-culpabilité en cas de verbalisation pour non port de la ceinture ou utilisation du téléphone portable sera évidemment impossible avec ce dispositif.

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